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Fiche Projet 1785 - Bénin - Zinvié

Suivi écologique des espèces d'oiseaux de la vallée du Sitatunga

Inventaire ornithologique et constitution d'une base de photos d'oiseaux pour la Vallée du Sitatunga

 

 

Journal de bord

Rapport de mission

Christopher BLIS

Du 06/05/2018 au 21/05/2018

Samedi 05/05/2018

Ma mission a été validée fin Mars, je suis heureux, je vais réaliser quelquechose qui me tenait vraiment à cœur depuis plusieurs années. J'ai voulu partir le plus tôt possible afin d'éviter le gros de la mousson. Je ne pensais pas à ce moment-là que partir en mission nécessitait autant de préparation sinon je me serais donné un bon mois de plus. Mais j'ai réussi, je suis prêt, la formation à Paris, les vaccins, le visa, les médicaments, les vêtements pour la chaleur, pour la pluie, le matériel photo... Tout est prêt. Je pars avec deux sacs à dos, un de 70l pour le voyage et un de 30l qui me servira sur place au quotidien pour transporter le matériel photo. J'emporte le Nikon D750 avec un objectif 24-70mm, un 70-300mm et le 50mm à focale fixe, on ne sait jamais et ce n’est pas celui qui prend le plus de place. J'emporte aussi un trépied qui me sera utile en observation fixe et si j'ai le temps de prendre quelques photos du ciel de nuit. Le ciel du Bénin doit être magnifique étant donné qu'il y a peu ou pas d'électricité sur place. Encore faudra-t-il trouver une soirée où le ciel est dégagé. Je scrute la météo chaque jour, c'est bien le début de la mousson. De la pluie est prévue presque tous les jours. En revanche, il fera 32°C la journée et 27°C la nuit. Dans le sac de 70l sont entrés les bottes en caoutchouc (pour marcher dans les marécages), les chaussures de rando, le trépied, le sac de couchage et une moustiquaire, la trousse de secours et de toilette, poncho, une veste étanche et tous mes vêtements pour 15 jours. C'est presque un miracle quand je regarde le sac. je n'aurais pas cru...


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Le départ est prévu demain matin à 10h avec le MRS->CDG de 12h35 à l'aéroport de Marignane. Arrivée à Cotonou, capitale économique du Bénin, à 21h05 heure locale. J'ai eu le temps de prendre quelques infos sur le Bénin hier. C'est important car toutes mes soirées là-bas seront avec des béninois, je me dois d'avoir quelques notions de politique et économie du Bénin. La première chose qui m'a frappé c'est l'IDH, Indice de Développement Humain, mesurant le niveau de développement d'un pays. Le Bénin est classé 166ième sur 187 pays mesurés (en comparaison, l'inde est classée 136ième). Plus d'un enfant sur 3 souffre de malnutrition et 2/3 dans le nord du pays. Moins de la moitié des enfants sont scolarisés et le pays ne compte que 28% d'individus sachant lire et écrire. Mais le pays semble nettement s'améliorer ces dernières années. L'espérance de vie approche les 60 ans. Elle n'était que de 50 ans en 1986. Enfin, le Bénin de son nom complet la république du Bénin, est une démocratie montrée en exemple dans toute l'Afrique subsaharienne. Au moins le pays est stable, c'est rassurant. J'arrive donc à Cotonou demain à 21h05 où un membre du CREDI-ONG m'attendra. Le CREDI pour Centre Régional de Recherche et d'Education pour un Développement Intégré semble être une association bien connue dans le sud du pays. J'ai hâte qu'on me présente leurs activités. Tout ce que je peux dire pour l'instant c'est que je me rends dans la vallée du Sitatunga proche du village de Zinvié. Cette vallée tient son nom de l'antilope du même nom qui semble être très présente à cet endroit.

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Dimanche 06/05: Jour du départ

Il y a des matins comme ça où même si l'on n'a pas trop dormi, on ne sent pas la fatigue. Pas le temps de traîner, je n'ai pas faim mais il faut quand même déjeuner. Pour assimiler la Malarone (antipaludéen) et limiter les effets secondaires, il faut manger gras. Je n'ai vraiment pas envie de manger, sans doute un peu de stress mais du lait de vache et des céréales feront l'affaire.

Pas d'embouteillages, pas de grèves, peu de monde à l'aéroport, ça a du bon de partir le dimanche. Cette fois c'est parti....

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Lundi 07 mai : Réveil à Abomey-Calavi

Nous arrivons enfin, il est 2h du matin heure locale. L’avion a eu un problème technique et nous avons dû patienter 5h de plus à Paris. Je n'ai pas dormi plus de 2h dans l'avion. Je pose enfin le pied au Bénin avec une grande fierté.

A la sortie de l'aéroport, je retrouve Martial, l'un des 30 salariés de CREDI au Bénin. Nous partons en 4x4 rejoindre mon hôtel à 30 minutes de voiture. Il fait nuit et je dors à moitié. Nous discutons de choses et d'autres pour faire connaissance. Nous empruntons une grande route goudronnée le long de laquelle des maisons en terre battue, en brique rouge et des cabanes en bois ou en taule se succèdent. Toutes les routes que nous croisons sont en terre. Nous empruntons l'une d'elles sur quelques kilomètres et nous arrivons à l'hôtel La Tropicale. Il est 3h00 du matin et l'hôtel est vide. Il s'agit de cases en briques rouge construites sur la terre. Au bout d'une demi-heure, Martial a réussi à réveiller le personnel de l'hôtel. 4 personnes s'affairent pour me trouver les clés de la chambre. Je vais enfin pouvoir me coucher. Il est 4h à Cotonou.

Je me lève à 8h avec le chant des oiseaux et le bruit d'un animal rampant sur le toit de mon logis qui a bien participé à mon réveil anticipé.

Je prends un petit déjeuner dehors et je fais la connaissance de Marcel qui travaille chez PU et est venu à ma rencontre. Nous discutons une bonne heure de la France, du Bénin... puis je prends congés de Marcel pour aller prendre une douche et me reposer un peu.

Il me tarde de ressortir pour prendre quelques photos de ces grands lézards multicolores. J'en ai aperçu tout à l'heure se battre sur la place. C'est un spectacle assez impressionnant qui aurait plu à Nathan et Baptiste, mes enfants. Il y a des lézards partout ici de 10 à 30cm de long aux couleurs variés. Ils passent leur temps à se dresser sur leurs pattes avant comme s'ils faisaient des pompes. Je tiens leur surnom jusqu'à la fin de la mission. Ce seront les sportifs...

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Je suis le seul client de l'hôtel, le seul blanc aussi. J'en aurais la confirmation en faisant le tour du village. Tout le monde me regarde comme si j'étais une bête curieuse. Pendant ce tour, j'apprends enfin ce que contiennent les bombones de verre et les bouteilles de diverses formes pleines d’un liquide jaune, exposées sur des étagères par des marchands le long de la route. Tout simplement de l'essence, ce sont les station-service béninoises.

À 14h30, Léon et Clarice du CREDI viennent me chercher. Nous traversons le village de Zinvié. Longue route en terre jonchée d'échoppes de part et d'autre de la route. Une pharmacie, un collège, vendeurs d'essence, de vêtements. Les camions et les motos se croisent dans un nuage de poussière. Nous traversons le marché. Les gens me disent bonjour d'un signe de la main et je fais de même. Nous croisons une blanche à l'arrière d'une moto, elle s'appelle Pauline. Elle est française et travaille aussi au centre. Nous nous reverrons plus tard.

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Nous arrivons au CREDI, on me présente Camille, il est l'adjoint de Georges et spécialiste des oiseaux. Il sera responsable de moi pendant toute la durée de ma mission. Camille me propose de visiter le centre. Le CREDI travaille sur plusieurs fronts. Tout d'abord le développement de l'aquaculture et de la pisciculture en particulier. Puis, l'agroalimentaire, le centre met en bouteille, sans additifs et revend les jus d’ananas, de mangues et de baobab. Il expérimente également des cultures locales de tomates, concombres, courges sans herbicides ou pesticides. Il élève également des lapins (je ne le sais pas encore mais l'un d'eux finira dans mon assiette le soir même). Il y a également un refuge animalier avec uniquement des animaux récupérés autour du centre. Des antilopes, des singes, des crocodiles, des serpents dont le python Séba qui peut mesurer jusqu'à 7m...

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Je suis installé au Régal. Cet espace comprend 5 cases et un bar restaurant à 50m mais je suis le seul à vivre ici en ce moment. J'ai à côté de moi Alain qui s’occupe du bar, de mes repas et de tout ce dont je pourrais avoir besoin. C'est vraiment le luxe ici.

Ce soir Alain ma préparé du lapin avec des pommes de terre et de la papaye verte en salade. Je mange dehors en écoutant les insectes nocturnes. Avec la lumière je suis envahi de fourmis, de cafards, blattes et autres lézards. Je réalise qu'il y a une vie nocturne ici qui a complètement disparue chez moi mis à part les moustiques. D'ailleurs je n'ai toujours pas vu un moustique depuis que je suis arrivé. C'est étrange.

Sans doute pour me faire plaisir, Alain a remplacé la musique africaine par un album de Céline Dion. Moi qui ai fait 5000km pour échapper à la civilisation occidentale.

Céline a eu raison de moi, il est tôt mais je vais aller me coucher. Je me couche à 20h45 excité à l'idée de faire ma première journée d'observation demain...

Mardi 08 Mai: premiers transects

J'ai passé une excellente nuit et je me lève à 6h en pleine forme. Je ne le savais pas mais Alain m'apporte mon petit déjeuner dans ma case. Je n'ose pas lui dire mais je préfère nettement manger dehors et regarder le jour se lever. D'autant que les petites fenêtres de ma case ne suffisent pas à éclairer la pièce. Au menu, omelette, thé, pain, confiture et jus d'ananas de ces petites bouteilles encapsulées par l’association. J'ai tellement mangé hier que je ne peux rien avaler...

Camille arrive à 7h avec Pauline qui va nous accompagner sur ce transect. Pauline est étudiante en Master II gestion de projet humanitaire et effectue son stage de fin d'année. Déjà un mois qu'elle est ici sur les 4 que compte son stage. Pauline ne réside plus au Régal. Elle a loué un appartement à Zinvié pour 20€ par mois à 5 minutes de moto.

Pour ce premier parcours photo, nous partons à pied du Régal. Le parcours ne fait que 4km autour d’un vaste marécage mais il nous faudra 3h pour le boucler. C'est le rythme de la rando/photo et en effet nous passons beaucoup de temps à regarder, à écouter et à prendre des notes. A plusieurs reprises nous traversons des hameaux selon la dénomination béninoise. Le département de l'Atlantique est subdivisé en communes, villages et hameaux. Le problème est qu'aucune carte ne référence tout ça et donc, pour l'instant, j'ai beaucoup de mal à me repérer. Les hameaux que nous traversons ne comptent que quelques maisons, parfois une école ou une église. Ici toutes les religions se côtoient. Chrétiens, évangélistes, musulmans et bien sûr le Vaudou, bien que le Vaudou ne soit pas une religion à proprement parler parait-il. Il faudra que je m’intéresse au sujet avant de repartir. Chaque entrée de village arbore ses statues vaudou à faire froid dans le dos. Ce sont des divinités sensées apporter protection et pour lesquelles sont faites de nombreuses offrandes et sacrifices. A notre passage les enfants nous interpellent "Yovo Yovo Bonsoir !!". Yovo signifie blanc en Fon. Les enfants sont contents de voir un blanc. Ça fait un peu d'animation. Pauline m'explique qu'il y a 3 blancs qui vivent dans le village de Zinvié. Ça reste donc un événement de nous voir passer dans ces hameaux isolés au milieu de la forêt.

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Et puis c'est la rencontre que j'espérais. J'en avais entendu parler et savait qu'on pouvait en trouver au Bénin. Je suis fasciné par cet insecte de moins d'1 cm capable de tuer un éléphant en un rien de temps. Il s'agit de la fourmi Magnan ou fourmi légionnaire. Il suffit qu'elle entre dans la trompe de l'éléphant et il est condamné. Il en va de même pour l'homme. Camille me raconte qu'une femme du village en a été victime Il y a quelques années. Les fourmis sont entrées dans sa chambre pendant son sommeil. Elle ne s'est jamais réveillée. Dévorée de l'intérieur. Il faut dire que cette fourmi se déplace en colonies de plusieurs millions d'individus et nous en croisons justement une qui traverse notre chemin. Je n'ai jamais vu un tel enchevêtrement de fourmis. On distingue nettement les soldats, elles sont plus grosses, en faction, en hauteur, immobiles et à l'affût. Elles paressent prêtes à en découdre avec leurs mandibules démesurément grandes. Les ouvrières, plus petites, poursuivent leur chemin sur l'autoroute qu'elles ont créée. Nous restons quelques minutes à les observer sous le regard désapprobateur de Camille jusqu'à ce que j'en aperçoive quelques-unes passer sous mes chaussures. Je fais un pas en arrière et j’enjambe la colonie…

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Camille écoute sans cesse et me dit tu entends ? Un Coucal du Sénégal et là un guêpier écarlate. On identifie une quarantaine d'espèces différentes, il y a des oiseaux partout ici. Je réussi à en prendre une quinzaine en photo mais il est difficile de les approcher et mon objectif 300mm s'avère un peu léger pour l'exercice. Un 600mm aurait été parfait mais pas dans mes moyens. Heureusement, mon appareil compense par un excellent piqué et une super tenue dans les montés en ISO.

Nous arrivons sur la fin de la boucle et heureusement car le ciel s'est obscurci très rapidement et un vent tempétueux commence à souffler. En 5 minutes, il fait presque nuit et les palmiers menacent de se coucher. Je rentre rapidement à ma case. La pluie commence à tomber. Une pluie violente. En 5 minutes le chemin se transforme en un cours d'eau.

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Heureusement la pluie ne dure pas et quand Camille revient me chercher à midi pour m'emmener au restaurant, le temps est de nouveau clément. Il m'a apporté une combinaison plastique intégrale mais lui est en t-shirt et en tongues. Je préfère moi aussi rester en tshirt et en tongues. Nous partons à moto. Avec la pluie, la route est devenue quasiment impraticable. Elle est extrêmement glissante à cause de la glaise qui la compose et jonchée de trous d'eau de profondeur inconnue. Camille choisit avec soin la bande roulante qu'il emprunte et j'essaie de ne pas bouger sur la moto qui vacille. Même une fois arrivé au restaurant, il faut être attentif pour rester sur ses deux pieds et ne pas tomber dans la boue.

Ce midi nous mangeons avec Pauline et Joseph le maître de stage de Pauline. Il y a une bassine et un pot d'eau sur notre table. Je me demande à quoi ça sert quand Pauline attrape le pot d'une main et fait couler de l'eau sur la deuxième au-dessus de la bassine. Il y a même une bouteille de savon liquide. On s’apprête à manger avec les doigts alors un nettoyage des mains s’impose…Quand elle a fini elle fait tourner la bassine...

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A 16h nous partons pour notre 2ieme rando de la journée, nous allons jusqu'aux portes des grands marécages de la vallée. L'idée du transect est de parcourir un chemin et de dénombrer et photographier tous les oiseaux que nous rencontrons. En réalisant le même parcours plusieurs fois dans l'année, sur plusieurs années, on obtient des données fiables sur les habitudes des espèces, leurs fréquentations en fonction de la période, du moment de la journée et de la météo... Cette après-midi est encore plus riche que ce matin, cela ne fait pas 100m que l'on marche qu'on a déjà noté 25 espèces différentes. Je prends en photo chaque oiseau. Nous formons un bon binum avec Camille. Il écoute et repère les oiseaux, je les photographie et il note l'espèce, le lieu de rencontre et le nombre. Camille m'impressionne par ses capacités à reconnaitre les oiseaux à leur cri. Il y en a tellement que j'ai du mal à distinguer les sons des uns et des autres. Il a aussi l'habitude de les repérer dans les branches. Parfois, il me faut un temps infini pour voir un oiseau que Camille me montre du doigt. Parfois j'essaie d'identifier le cri d'un oiseau. Et celui-là ? Lui dis-je, c'est quoi ? Et lui me répond non ça c'est une grenouille.

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Au soir, nous avons rendez-vous dans un Maki de Zinvié. Camille m'y amène à moto. Toute l'équipe a rendez-vous la bas pour fêter mon arrivée. Le maki ressemble aux guinguettes d'Ardèche. Plus qu'un bar mais pas vraiment un restau. Un bar tapas quoi !! Des guirlandes de lumière de toutes les couleurs, des tables en bois coloré à même le sable. J'ai droit à un discours très sympa de Joseph, le responsable du tourisme (le centre reçoit beaucoup de visiteurs tout au long de l'année, des écoles de la région, des délégations africaines et parfois même des touristes européens). Tout le monde s'affaire à préparer le repas. Je fais mieux connaissance avec Damien le responsable technique et co-fondateur de CREDI-ONG. Il est français et vit ici depuis 13 ans avec sa femme et ses 2 filles métis. Depuis qu'il vit ici, il n'a de cesse de promouvoir auprès des autorités locales l'importance de la biodiversité, de l'agriculture et de la chasse raisonnée, de la protection de la faune et de la flore. David contre Goliat. On sent bien que la région est en train de changer. Bientôt la route goudronnée, l'électricité, l'eau. Le prix des terrains dans le coin à été multiplié par 3 depuis que les travaux ont commencé. Aujourd'hui il faut 1h pour rejoindre Cotonou et son aéroport international, demain il faudra 15 minutes. Les maisons, les cultures, les entreprises gagnent sur la forêt tropicale...

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Mercredi 09 Mai

Nous partons à 7h00 en moto en direction du village de Yiévié qui sera le point de départ de notre transect. Nous croisons beaucoup d'enfants. Ils sont contents de me voir. On se salue et ils chantent "Yovo yovo bonsoir". J'adore ces balades à moto sur les pistes en terre défoncées de la région. Nous traversons beaucoup de villages. Je me prends à rêver d'une traversée du Bénin à moto avec quelques amis. C'est peut-être la naissance d'un futur projet...

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Nous nous garons au centre de Yévié sous l'abri des Zemis Djan (les taxis motos). Ici on ne doit pas bloquer le guidon de la moto. Cela porte malheur au Zémis qui par notre faute risquent de rester assis toute la journée sans travail. Il y a beaucoup de superstition en Afrique. Le paysage est somptueux, vaste plaine marécageuse de laquelle dépassent des cocotiers géants, des acacias et au fond une forêt de palmiers. Y a t-il quelque chose de plus exceptionnel que d'être immergé dans ce paysage au lever du jour entouré du brouhaha des insectes et des animaux ? C'est extraordinaire.

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Au retour nous nous arrêtons sous le porche des taxis pour discuter. Camille m'explique qu'il a acheté des chaussures comme les miennes, des Kalenji qu'il a payé 12€. Des français les lui ont envoyés de France à leur retour, il y a environ 6 mois. Personne ici ne met de chaussures autres que des tongs même les guides du CREDI. Camille est très fier d'avoir des chaussures mais il ne les a encore jamais mises de peur de les abîmer. Il me dit qu'il les mettra pour une grande occasion. Il me demande le prix de mes chaussures de trail "waterproof" car je sens qu'elles lui plaisent mais j'élude la question. Ce n'est pas concevable ici de mettre tant d'argent dans des chaussures.

Nous nous arrêtons manger dans un village. Au menu ce midi des spaghettis en sauce. Ça tombe bien j'ai faim. Puis nous rentrons au centre.

Cette après-midi, nous repartons en moto pour un transect le long d'une piste assez fréquentée et bruyante que les oiseaux ont désertés à part quelques tisserands et martin pêcheurs pigmés. Mais le suivi des oiseaux est nécessaire même ici, surtout ici.... En chemin, je tombe nez à nez avec une colonie de fourmis gendarmes. Grosses fourmis noires avec des pinces proéminentes. Lorsqu'elles mordent, elles provoquent une douleur intense qui met plusieurs jours à disparaître complétement.

Je m'approche pour les prendre en photo à 10cm et d'un seul coup, elles se mettent à vibrer telles un millier de serpents à sonnettes. Je fais un bon en arrière. Elles m'ont fichu une sacrée trouille. Un peu plus loin, nouvelle rencontre avec les fourmis magnan. Cela aurait pu passer inaperçu sauf que j'ai marché dessus et que j'en ai 3 sur mes chaussures. Je tape du pied comme me l'a appris Camille. Il ne faut surtout pas qu'elles remontent dans mes vêtements car cela deviendrait très difficile de s'en débarrasser parce qu’elles collent.

Je ne sais pas pourquoi, autant je peux faire la fine bouche en France sur certains aliments qui ne m'emballent pas à première vue, autant à l'étranger je mange n'importe quoi. Ce soir c'est gésiers de poulets, hier midi morceaux de moutons bouillis avec la peau. Pas mauvais en fait... Le temps de recadrer les photos du jour et d'écrire mon rapport et je sens la fatigue me prendre. Il est temps de rentrer à la case...

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Jeudi 10 Mai: Nouvelle amie

Ce matin je me lève à 5h, il fait encore nuit et l'air est agréable, il va faire très beau aujourd'hui. Mon téléphone local sonne. Je ne comprends pas tout mais Camille me demande de descendre au bureau de la biodiversité. Le bureau a été cambriolé. Jumelles, ordinateur, packs de jus de baobab et des t-shirts ont été volés. La porte est défoncée. S'en suit alors un défilé de personnes pour constater le vol. On n'est pas habitué à ça ici. Damien repère des traces de pieds nus à l'arrière de la maison. Un homme que je ne connais pas, un gardien semble-t-il, la machette à la main commence à élever la voix: "Il faut faire venir le charlatan. Il va nous dire qui c'est et on pourra les tuer". Je ne sais pas s'il plaisante. Je ne crois pas en fait. Il n'est pas rare ici qu'on ait recours à la justice populaire. Le coupable est roué de coups à mort par les membres du village.

Finalement nous partons pour notre transect matinal dans la plaine marécageuse mais il est presque 9h et il commence à faire chaud. Trop tard pour apercevoir certains oiseaux. Camille est très affecté par ce cambriolage. Il m'explique qu'en plus il n'a pas bien dormi car il a veillé sur son fils atteint de Malaria tout comme sa femme d'ailleurs. La balade lui fait du bien, nous discutons beaucoup. Cet événement nous a rapprochés. Les discussions sont beaucoup plus fluides. Je commence à mieux le comprendre aussi. Nous rentrons à 13h exténués par 6km de marche sous le soleil et la chaleur.

Aujourd'hui c'est l'Ascension, personne ne travaille au centre normalement. Dans le sud du pays, la majorité des béninois est catholique ou évangélique et pratiquante. Ce matin Camille et moi sommes allés faire un relevé mais cette après-midi, je reste seul au bureau. Enfin seul, pas tout à fait. Je partage le bureau avec une jeune antilope qui nous a été ramenée blessée. Plutôt que d'amener l'antilope au marché pour sa viande, ses ravisseurs sont venus voir s'ils pouvaient en tirer un meilleur prix au refuge. La politique de CREDI-ONG est d'acheter l'animal au prix du marché afin de ne pas susciter des vocations de braconniers dans les villages alentours. Elle a pris un coup de machette dans la patte mais elle guérie vite. Ce ne seront pas les quelques tables couchées en guise d'enclos qui la retiendront bien longtemps. J'arrive à l'approcher, presqu’à la caresser...

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Je profite de cette après-midi pour trier et recadrer les meilleurs clichés. J'ai déjà fait 500 photos. Je travaille environ 3h. De toute façon, il pleut des cordes dehors. 17h. J'ai terminé, sans m'en rendre compte, j'ai passé l'après-midi sur mes photos. Je passe voir les crocodiles. Je ne vois rien. A chaque fois je me demande s'ils n'ont pas réussi à monter le muret qui n'est quand même pas très haut mais ils doivent être cachés sous l'eau. Je remonte au Régal. Internet ne fonctionnait pas aujourd'hui dommage, pour une fois que j'avais du temps libre...

Vendredi 11 Mai: pirogue sous la pluie

Comme à l'habitude maintenant, Camille vient me chercher à moto à 7h. Nous récupérons Pauline à Zinvié qui voulait faire la sortie en pirogue sur la rivière Sô et nous dirigeons vers le dernier village avant la rivière. Nous craignons la pluie. Il pleut déjà à Cotonou et de gros nuages noirs viennent dans notre direction. Arrivée sur place, nous laissons la moto et allons voir les pirogues. Le paysage est exceptionnel. La rivière est assez large à cet endroit. De notre côté la route en terre semble se jeter dans l'eau et en face un village de cabanes en bois ralliées sans discontinuer par des pirogues aux chargements divers. Hommes et femmes manient ces pirogues sans s'apercevoir que le tableau est magnifique. La pluie tombe très fortement maintenant. Nous allons nous abriter sous le hangar à moto avec tous les villageois en attendant une accalmie. Puis le temps se calme, Camille me fait un signe, j'enfile mon poncho par-dessus mon sac à dos et mon appareil photo qui est fixé à ma poitrine, et je monte dans la pirogue. Avec la pluie, on ne verra pas d'oiseaux, ils se cachent pour ne pas être mouillés c'est certain. Nous avançons pendant environ 1h jusqu'à ce que la pluie soit vraiment trop forte. Nous accostons alors à proximité d'un ancien marché couvert pour nous protéger en attendant une amélioration. Nous restons là environ 2h à discuter essentiellement d'agro-écologie et des moyens de promouvoir l'agriculture paysanne au Bénin. Il est presque 11h, il est temps de partir. Nous reviendrons la semaine prochaine. Le retour à moto se fait sous la pluie à contre-courant du torrent de boue qui était pourtant une piste à l'aller.

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Cette après-midi est réservée à l'analyse des données recueillies tout au long de la semaine. J'ai déjà trié toutes les photos par espèces d'oiseaux. Effectué les recadrages et zooms nécessaires. Il ne reste qu'à noter le nom de chaque oiseau, la date d'observation, le milieu d’observation, le moment de la journée, les coordonnées GPS... J'attends Camille pour ce travail qui n'a pas l'air d'être très motivé à l’idée de rester derrière un ordinateur. La preuve en est qu'après 10 minutes de travail il commence à se plaindre et s'endort carrément au bout de 20. Moi j'ai tout mon temps et je profite de cette après-midi pour travailler sur mon journal. De temps en temps j'aperçois la petite antilope qui m'espionne par-dessus la table. Nous avons fait un pas en avant tous les deux aujourd'hui, elle vient me voir quand je tends la main et je peux la caresser maintenant.

A 18h30, j'ai terminé ce que je voulais faire, je fais un dernier tour du refuge pour dire au revoir aux singes, aux croco et à mon nouvel ami le cobra qui s'énerve à chaque fois qu'il me voit et se dresse pour m'impressionner. C'est devenu un jeu.

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Samedi 12 Mai

Je me réveille à 6h avec le réveil mais quand j'ouvre la porte, il fait étrangement sombre dehors. Je vérifie mon téléphone. 6h. L'horloge de mon téléphone a dû se décaler. C'est déjà arrivé. Il n'est que 5h. Il va falloir que je patiente. Je repense à hier et je regrette vraiment qu'on n'ait pas fait le travail de synthèse de la semaine sur ordinateur. Pour moi cette activité est fondamentale. Elle va me permettre d'associer les photos à des noms et à mémoriser les oiseaux de la vallée. Plus largement, elle va me permettre de voir comment s'inscrit mon activité ici dans le projet global et l'utilité de tout ça. Camille comprend mon inquiétude et me rassure. Toutes ces données sont envoyées à des organismes scientifiques chaque année et les photos sont obligatoires pour justifier de la présence des oiseaux dans le secteur. Nous verrons ça plus tard, dans le détail et au bureau.

Nous sommes à Zinkamey, point de départ de notre transect de ce matin. Nous sommes en plein cœur d'une forêt tropicale humide. Il y a beaucoup de fougères, des bananiers, des palmiers de toutes sortes, à 20m culminent les cocotiers et enfin à 40m, le flamboyant. L'arbre porte bien son nom. Il est immense, d'une envergure exceptionnelle et des feuilles rouges magnifiques.

Nous arrivons sur une clairière. Nous comptons 25 espèces d'oiseaux sur un espace de 500m2. Nous décidons de passer un peu de temps ici pour observer. C'est la saison des amours. La Veuve Dominicaine arbore une queue de plumes de 20cm qui ne pousse qu'à cette saison et disparaît ensuite. Il est suivi partout où il va par 2 femelles. Il a déjà choisi sa femelle mais la seconde continue de lui tourner autour. C'est alors qu'il commence à la pourchasser pour qu'elle quitte son territoire. Partout où elle se pose, il se jette dessus. Une fois la femelle encombrante partie, peut enfin commencer la parade nuptiale que je tente de filmer pendant plus d'une heure.

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De retour au village, nous assistons à une querelle entre les hommes d'un côté et les femmes de l'autre. Je comprends que les femmes réclament plus d'égalité. Ici les hommes ne s'occupent pas des enfants jusqu'à ce qu'ils puissent travailler avec eux (vers 5 ans). C'est donc les femmes qui ont cette charge même si elles travaillent aussi. Tant que les enfants sont petits, elles les placent dans une écharpe sur leur dos. J'en croise beaucoup avec leur bébé portant sur leur tête un plateau chargé de nourriture, de bois, de graines... Elles vont généralement au village voisin (parfois situé à plus de 5km) pour vendre leurs produits au marché. Camille me parle des femmes béninoises. De leur caractère difficile. A son attitude, il a arrêté de chercher à les comprendre. Il y en a beaucoup maintenant me dit-il qui se mettent des crèmes sur la peau pour la faire briller ou pour la blanchir. Je lui explique qu'en France les femmes se mettent des crèmes sur la peau pour la faire bronzer au contraire. Ça le fait bien rire. Il me dit qu'il a même vu une fois des femmes en bikini s'allonger au soleil à ne rien faire juste pour bronzer. On continue à rire ensemble un bon moment.

A l'heure du repas, nous nous rendons à Zinvié dans un petit restaurant où des brochettes de porc cuisent sur un tonneau rouillé à l'entrée du restaurant. Au menu porc au piron et acassa. Le piron est assez bon. Cest une sorte de gelée marron faite à partir de farine de manioc. Quand à l'acassa, j'en mange pour goûter mais pas plus. C'est une pâte blanchâtre presque transparente composée uniquement d'amidon de maïs. Ça n'a pas de goût à priori et puis l'arrière goût est plutôt désagréable. Nous mangeons tout ça avec du piment et sauce tomate réduite.

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Ce samedi après-midi je suis libre et seul. Je voulais en profiter pour aller sur internet mais il n'y a pas d'électricité aujourd'hui. Du coup, j'ai bien envie d'aller explorer cette forêt d'arbres de plus de 40m que j'admire chaque jour en passant à moto. Il paraît que des singes vivent dans ces arbres. Malheureusement après plusieurs tentatives, la forêt est trop dense, je ne trouve pas de passage, je dois faire demi-tour. Je traverse quelques villages où les enfants ont 2 types de réaction. Soit ils ont peur et s'enfuient en me voyant ou ils me font de grands sourires "Yovo yovo". Je ne prends jamais de photos des gens dans les villages. Le plus souvent ils n'aiment pas ça. Certains pensent encore qu'on leur vole leur âme, d'autres qu'on va exploiter leur photo sur Internet. Au minimum il faut demander leur permission, c'est la moindre des choses.

Je m'arrête devant 3 femmes qui me disent bonsoir et sont surprises de me trouver là. Je tente de leur expliquer mais aucune d'elles ne parle français. Elles me parlent en fon mais je ne sais dire que bonjour dans cette langue. Et puis, contre toute attente, je crois reconnaître de l'anglais. C'est plutôt rare au Bénin où la langue officielle est le français et où uniquement ceux qui sont allés à l'école le parle. Ce qui est rarement le cas dans ces villages. Du coup nous discutons un peu, elles cassent une sorte de noix qu'elles emmènent ensuite au village de Zinvié pour les vendre. Les noix sont transformées pour faire du savon ou des crèmes justement. Je crois que je plais à une des femmes qui se cache avec des sourires gênés. Elles rient beaucoup lorsque je pars et me disent au revoir jusqu'à ce que je disparaisse dans la forêt. Cette rencontre était agréable. Je ressens une certaine fierté aussi. C'est mon premier contact solo avec la population.

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Ce soir je vais manger à Zinvié avec Joseph. Nous partons à moto dans la nuit noire. Autant je m'étais habitué à la conduite de jour mais alors la nuit c'est quand même le niveau supérieur. Des phares jaunes nous croisent autant à gauche qu'à droite et tout ça se décide au dernier moment. À Zinvié tous les magasins sont ouverts éclairés à la bougie car l'électricité n'est toujours pas revenue. C'est magnifique. Nous nous arrêtons dans un restaurant sur une rue parallèle à la route principale. Nous sommes les seuls clients et nous retrouvons dans le noir. Je ne suis pas très exigeant en général sur le confort mais j'ai besoin de voir ce que je mange, surtout ici. Heureusement j'ai amené ma lampe frontale. Je la fixe au plafond avec une ficelle. C'est quand même plus agréable. Nous mangeons une salade de pâtes et légumes. Un régal. C'est un plat comme on pourrait en trouver en France. Je réalise que la nourriture française commence à me manquer.

Joseph veut me montrer "Zinvié by night", on a de la chance l'électricité est revenue, il y aura de la musique dans les bars. Nous cherchons un bar animé mais pour l'instant les endroits où nous arrêtons sont plutôt vides. Joseph me dit qu'il y a eu une cérémonie aujourdhui. C'est la qu'il faut aller. Je lui réponds: tu veux dire l'enterrement de ce matin ? Oui l'enterrement ! Après l'enterrement les gens font une grande fête ici. Finalement, nous tombons sur son frère à un croisement. Il connaît un Maki sympa avec de la musique mais c'est à Yévié. Qu'importe, on est samedi soir. La soirée est à nous. Le bar est très grand, compartimenté et 4 serveuses font des aller et venues alors même que nous sommes quasiment les seuls clients. Nous enchainons les bières au rythme de la musique africaine. Quand nous n'y tenons plus nous allons danser. Une des serveuses m'apprend à danser la salsa africaine. L'ambiance est conviviale et agréable. Je suis béninois.

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Dimanche 13 Mai

Ce matin nous allons à la messe. L'église est de loin le plus grand bâtiment du village. La grande place se remplie, les gens se saluent, les enfants sont sages à côté de leurs parents. Tout le monde a revêtu sa tenue du dimanche. Chaque famille est identifiable par un tissu très coloré. Haut et bas sont assortis. Étant agnostique plus intéressé par le boudhisme, j'assiste à la messe uniquement par curiosité sauf que je n'avais pas prévu que la messe dure 2h... je prends mon mal en patience et réfléchi aux raisons qui poussent les africains à continuer à croire en une religion importée par les occidentaux pour exploiter l'Afrique. Les africains sont très croyants et viennent en famille à la messe. Nous sommes 300 dans l'église et je réalise au bout d'un moment que je suis le seul blanc. Il faut croire que je m'y suis habitué. Les 20 premières minutes ma présence perturbe un peu les plus jeunes mais très vite on ne fait plus attention à moi.

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A la sortie de l'église, je dois faire des courses au marché. J'ai une mission très particulière aujourd'hui. C'est moi qui fais à manger pour l'équipe. Seule une partie de l'équipe sera là mais ça fait quand même 12 personnes. Je voulais faire des pizzas mais nous n'avons pas le matériel de cuisine nécessaire. Je vais faire des crêpes. Œufs, farine de blé, huile, sel, poivre. Je trouve la plupart des ingrédients avec Jonas qui m'accompagne. Il m'aide à choisir les bons produits et négocie les prix pour moi.

Pour le lait c'est un peu plus compliqué, il faudra faire avec du lait concentré et de l'eau. Enfin on a demandé à Pascal hier d'aller à Cotonou acheter de l'emmental. Personne ne sait ce que c'est ici. Je compte bien les étonner avec cet ingrédient.

A la cuisine, Jonas m'assiste et suit attentivement la réalisation de la pâte pour pouvoir faire des crêpes à ses enfants plus tard. Il n'en a jamais mangé. Je vais faire 3 types de crêpes. La première salée avec oeuf, oignons, tomates, fromage et piments. La seconde sans l'oeuf. En fait, je découvre que les béninois ne mangent pas le jaune d'œuf liquide. Ils ont fait un effort pour la première mais la prochaine ils préfèreraient tous l'avoir sans. Ensuite, j'ai prévu des crêpes sucrées à l'ananas ou à la banane.

Tout ce passe bien, l'humeur est conviviale. Ça me fait plaisir de discuter avec Martial qui a fait le déplacement. Martial est le chauffeur qui m'a récupéré à l'aéroport. J'ai appris depuis qu'il est le directeur de CREDI-ONG. On peut dire qu'il a été discret le premier jour. On passe l'après-midi à boire et à rire entre hommes comme c'est souvent le cas le dimanche après-midi au Bénin. Je découvre le Sodabi. C’est de l'alcool de palme que l'on peut arranger avec ce que lon veut et passage obligatoire pour terminer un entretien d’embauche.

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Lundi 14 Mai

Nous partons pour un transect dans les marécages à côté de la rivière Sô. Camille arrive en bottes en caoutchouc et me demande d'enfiler les miennes. Il est à peine 7h mais on sent déjà la chaleur. Il va faire très chaud aujourd'hui. Nous évoluons dans les roseaux, je me demande si les bottes ne servent pas plus à éviter les morsures de serpent qu'à nous protéger de l'eau car je ne vois de l'eau nulle part. Nous prenons pas mal de photos aujourd'hui. Camille est heureux car depuis que je lui ai appris à utiliser son appareil, il prend de magnifiques clichés. Son appareil un Lumix au format compact mais avec un zoom 12x lui a été donné par un touriste car sans doute jugé trop ancien par son propriétaire européen. C'est un cadeau inestimable pour Camille et pour l'ornithologue qu'il est. Jusqu'à maintenant il prenait toutes ses photos en mode macro d'où le peu de résultats. Je lui explique les modes priorité vitesse et priorité ouverture et comment les utiliser pour la photo d'oiseaux. Ça le passionne et il redécouvre son appareil.

Au retour, nous regardons les photos de la matinée quand quelqu'un arrive avec une petite mangouste. On ne sait pas si on la garde ou pas car elle est très jeune. Une heure après le même gars revient avec un cobra à la main. Décidemment il se passe toujours quelquechose ici. Il faut déplacer un autre serpent pour libérer un vivarium pour celui-ci. J'assiste à la capture par Camille de l'autre serpent non moins mortel. Puis, le gars que je ne connais pas mais qui m'a raconté qu'il avait capturé la plupart des serpents du refuge dont le python de Séba, jette le cobra dans le vivarium et referme le couvercle dans le même mouvement. En une fraction de seconde, le cobra s'est retourné et s'est dressé jusqu'à la trappe pour ressortir. Trop tard. Il fait le tour de sa cage et explore toutes les sorties possibles mais il est piégé. Ce cobra mordeur ou cobra des forêts a été capturé juste à côté du refuge. J'apprends qu'il y a des cobras partout ici (ça aurait été sympa de me prévenir avant mais bon). Ils rôdent autour des maisons car ils affectionnent tout particulièrement les poussins. Je sais maintenant pourquoi on portait des bottes ce matin.

Ce midi nous mangeons un plat traditionnel béninois. Fromage Peul de la tribu des Peul. Les Peuls sont des nomades et éleveurs plus présents dans le Saël sous le nom de Touaregs. Le fromage est grillé et est plongé dans une sauce. Pour accompagner ça une sorte de gelée de farine de maïs et bien sûr, une bière puisque je ne peux pas boire d'eau ici. Je paye 1000 francs CFA pour le tout, ce qui représente environ 1,5€.

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A 16h, c'est l'heure du repas du python de Séba, il ne faut pas que je rate cette occasion car il ne mange qu'une fois par mois. Damien, le responsable des animaux du refuge, tente de changer son régime. Jusqu'à maintenant il lui donnait un lapin vivant. Aujourd'hui et pour la deuxième fois il lui donne un poulet décongelé. Le serpent prend son temps. Il sort de l'eau doucement cm par cm jusqu'à je puisse admirer les 4m de la bête. Son corps doit faire le diamètre de ma cuisse. Je me dis qu'il doit peser dans les 100kg. Il tourne autour du poulet, le sent mais celui-là ne doit pas avoir d'odeur ou ne bouge pas assez à son goût car il finit par délaisser cette matière blanche inerte et retourne se lover dans sa marre. Damien amène alors un gros rat vivant qu'il laisse dans l'antre du serpent. Je prends tout de suite parti pour le rat avec ses petits yeux ronds et ses moustaches qui sondent l'air à chaque instant. Le python a senti la présence du rat et sort de la marre. Lorsqu'il se trouve à moins d'un mètre, le rat quasi aveugle en plein jour, détecte la présence du serpent et est pris d'un accès de panique. Il saute d'un endroit à l'autre, se cogne à la vitre, essaie de passer sous la porte. Pendant ce temps, le serpent avance tout doucement, inéluctablement vers sa proie comme s'il savait qu'il n'y a de toutes façons aucune issue. A un moment, le pauvre rat est acculé dans un trou, sa fin est proche, le serpent n'est plus qu'à 50cm. Il se jette la gueule ouverte en direction du rongeur. Avec Damien, on se dit que c'est fini. Pourtant le rat fait un bond en arrière et part se cacher à l'autre bout du vivarium.

Ce petit jeu dure encore un moment puis le python retourne dans sa marre. Il sait que le temps joue pour lui et il n'a pas encore vraiment faim.

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Nous avons prévu avec Camille d'aller dans la forêt de la panthère en cette fin d'après midi. J'aimerais y voir les singes qui vivent dans cette forêt d'à peine 1 hectare. Nous prenons le chemin que j'avais déjà emprunté seul samedi et nous tombons directement sur un singe que j'ai à peine le temps d'apercevoir qu’il disparait dans la forêt. Nous tentons de le suivre mais nous ne reverrons plus de singes cette après-midi. Cette forêt ressemble à la forêt amazonienne telle que je l'imagine en tous cas. Il fait sombre et nous évoluons difficilement sous un toit de feuilles duquel dépassent des arbres immenses au tronc et aux racines gigantesques. Je ne me sens pas à l'aise ici. Je ressens une sensation d'enfermement, presque d'étouffement et je repense à la mission en Amazonie équatorienne ou j’ai failli partir et où ceux qui en reviennent disent leur bonheur de revoir le ciel après 15 jours dans la forêt. Comme je les comprends. Ici il faut faire attention où l’on marche, où l’on pose les mains, à quoi on s'adosse ou sur quoi on s'assoit. Nous nous frayons un chemin dans la végétation. Les pieds se prennent dans des lianes et nous repoussons les branches avec les mains. Camille me dit attention, ne reste pas là. Il se tape partout avec ses mains. Je regarde mes bras et j'ai déjà des dizaines de petites fourmis sur moi. Les fourmis sont sur toutes les branches autour de moi. Aïe, premières piqûres. Comment peuvent-elles être si petites et faire si mal. Nous avançons rapidement pour sortir de cette zone tout en nous tapant partout où ça fait mal. Les bras, la nuque, le dos... Enfin nous sortons de la forêt et j'en suis ravi. Quel bonheur de voir le ciel. Je me dis que je ne suis pas encore prêt pour l'Amazonie. Je m'en sors avec des plaques rouges en relief d'un centimètre sur le bras qui grattent terriblement et ressemblent à des piqûres d'araignée. J'ai l'impression de m'être plongé tout le haut du corps dans les orties...

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Mardi 15 Mai

Le petit rongeur est toujours en vie et en train de dormir dans un coin du vivarium. En période de mue, le python ne mange pas paraît-il. A sa place, j’aurais mal dormi quand même. Ce matin nous allons au marché de Zinvié. C'est un grand marché aux étalages à même le sol ou sur des nattes comme on peut en trouver en Asie. Aujourd'hui c'est moi qui compose le repas. Heureusement, je suis avec Gildas qui me décrit les produits et m'explique leur fabrication.

Nous passons dans toutes les allées de ce marché assez bien organisé. Finalement, j'achète du hareng fumé, des bâtons d'arachide, du Rabi (poudre de manioc), des Acassas et je craque pour des mangues. J'achèterais bien un ananas aussi. Je n'ai jamais mangé un fruit aussi bon que les ananas de la région.

Nous partons avec notre sac de vivres dans un petit restaurant qui nous prépare du riz pour accompagner notre repas. Le Rabi est l'ingrédient préféré des enfants ici et c'est vrai que c'est bon. Je vais en ramener en France pour que Baptiste et Nathan goûtent ça. En attendant, nous rentrons tous nous reposer.

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Après une bonne sieste, je redescends au refuge. Comme à l'habitude je croise des gens du village que je salue et qui me saluent en retour. Ici tout le monde se salut. Les petits aussi bien que les grands, qu'on se connaisse ou pas. D'ailleurs on dit bonsoir ici, à n'importe quelle heure de la journée. Je dois dire bonsoir à 200 personnes chaque jour mais c'est agréable. Du coup, on se sent très vite chez soi ici.

Je m'aperçois que le rat n'est plus dans le vivarium. Il a été replacé dans sa cage en attendant que le python ait faim et a gagné quelques semaines de vie.

Nous partons avec Camille pour un transect dans un quartier plutôt confortable de Zinvié. Nous apercevons quelques oiseaux intéressants dans un champs d'ananas mais pas plus. Je fais la connaissance des parents de Camille qui habitent le quartier. Je note que la maison est jolie et le jardin très propre et agréable avec ses palmiers, bananiers, cocotiers. Si je vivais à Zinvié, j'aimerais que ce soit dans ce quartier qui me rappelle un peu la France. Sans doute parce que les maisons son clôturées ici avec un portail donnant sur la rue. Comme d'habitude, le jardin est parfaitement propre. Où que je sois allé jusqu'à maintenant, les abords des maisons, qu'il s'agisse d'un jardin, de la cour ou de la rue, sont nettoyés tous les matins à l'aide de 2 branches de palmier accolées. Le sable rouge est donc propre et lissé comme le central de Rolland Garros. C'est du plus bel effet.

Des enfants m'ont vu de l'autre côté de la rue et s'approchent prudemment. Dès que je me retourne ils partent en courant apeurés. Nous jouons à ce petit jeu pendant une dizaine de minutes sous le regard amusé des parents.

Mercredi 16 Mai

Le soleil n'est pas encore levé mais il va faire très beau. Nous effectuons aujourd'hui notre 2ieme transect en pirogue sur la rivière Sô. Il faut prendre la route de Yévié et continuer jusqu'à la rivière. C'est à environ 20 minutes de moto. Le lieu est toujours aussi magique. Nous saluons nos chauffeurs et embarquons. Évoluer en pirogue représente un avantage certain. Nous sommes quasi silencieux et pouvons nous approcher plus prêt des oiseaux. L'inconvénient est qu'une pirogue ça bouge donc il faut régler l'appareil en conséquence sous peine de n'avoir que des photos floues. Je prends une vingtaine d'espèces au fil de l'eau et des paysages merveilleux de l'Afrique. Les villageois sur leurs pirogues chargées de nourriture, les pêcheurs, de l'eau jusqu'à la taille derrière leurs filets, les villages et leurs maisons en bois au bord de l'eau. C'est la dernière fois que je vois ce paysage. Je prends conscience que la fin de ma mission approche.

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Nous allons manger au même endroit qu'hier à Zinvié. Joseph et Camille voulaient me faire goûter les frites mais il n'y en a plus. Ce sera couscous du Bénin au poulet local. C'est celui que je vois courir partout autour des maisons et qui est bien meilleur que le poulet blanc acheté. J'ai pris mes habitudes ici. Je commence à me sentir chez moi. J'apprécie le moment du repas avec mes collègues de travail.

Je retourne à 15h au refuge. La petite antilope n'est plus dans le bureau. Elle est soignée et a rejoint l'enclos des antilopes. Le bureau est un peu vide sans elle mais l'odeur s'est déjà améliorée. Camille me fait signe. Nous partons pour un nouveau secteur de la vallée. L'endroit est une piste non fréquentée ou très peu. Nous ne croisons qu'un chasseur. Je suis ébahi par son fusil. Je n'ai jamais rien vu de tel. Il est composé de 2 canons en acier vaguement droits et soudés ensemble à la main et d'une partie en bois taillée dans une branche et ressemblant approximativement à la crosse d'un fusil. La crosse et les canons étant fixés ensembles avec des bandes de chambre à air. Les 2 percuteurs sont relevés et le tout semble bricolé à la main avec de vieilles pièces rouillées. Je ne sais pas qui craint le plus pour sa vie, l'animal qui est en joue ou le tireur.

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Nous marchons depuis une bonne demi-heure sans voir beaucoup d'oiseaux quand soudain Camille s'arrête et me dit "Barbican Bidenté". L'oiseau est situé à une trentaine de mètre. Il est perché sur une branche, assez gros et semble complétement rouge à l'oeil nu. Je prends les premiers clichés pour assurer une photo et nous commençons à nous enfoncer dans les herbes hautes pour tenter de le photographier de plus prêt. Camille m'explique qu'il a déjà vu cet oiseau il y a 4 ans mais qu'il n'a jamais été pris en photo ici. Nous allons pouvoir apporter la preuve scientifique que cet oiseau vit dans la vallée. Il faut que je réussisse quelques beaux clichés. Je n'ai pas droit à l'erreur. J'arrive à m'approcher à 20m mais l'oiseau s'est tourné. Je ne peux le prendre que de dos à cette distance. Peu importe, j'ai tout ce qu'il me faut. Soudain 2 oiseaux que je n'ai jamais vu se posent dans des buissons à 10m de moi. Je les montre à Camille. Il me chuchotte "Nigrette à calotte grise". Il me faut une photo. J'arrive à prendre un cliché correct avant qu'ils ne s'envolent. En fait, la dernière photo de la Nigrette prise dans la région remonte à 4 ans. C'est fantastique. Nous rentrons comme deux enfants au refuge avec nos trophés photographiques. Quelle journée...

Ce soir je vais manger chez Modeste avec Camille et Gildas. Modeste vit dans une petite maison de Zinvié. Ici les maisons sont construites en briques de terre rouge fabriquées sur place, elles comportent généralement une entrée avec une porte et des ouvertures pour laisser entrer la lumière. Il n'y a pas besoin d'isolation, ni de fenêtres ici. D'ailleurs il n'y a pas non plus de chauffage, ni d'eau chaude, il ne fait jamais froid. Le toit est en tôle ondulée Il y a tout le confort à l'intérieur. La salle à manger est divisée en 2 parties. A gauche un salon avec fauteuils et canapé en velours, table basse, tv et chaîne hifi. A droite, aucun meuble. Je me demande à quoi cela sert. Peut être pour rentrer la moto quand il pleut, je ne sais pas. Une porte mène à la partie nuit mais je n'ai pas l'occasion d'y aller. Camille me présente sa femme et sa fille de 9 mois. La petite me dévisage deux secondes et s'accroche à son père dès qu'elle réalise que je suis blanc. Impossible de l'approcher à moins d'un mètre de moi. Elle reste sur le qui vive.

Gildas boit dans une coupe pleine d'eau et me la tend. Il me fait signe de boire. C'est une tradition béninoise lorsqu'on est invité à manger. Je n'ai pas d'autre choix que de boire, moi qui essayait d'éviter l'eau du puit depuis le début car elle nous rend malade nous autres occidentaux. Enfin, j'ai la tourista depuis 3 jours alors un peu plus ou un peu moins. Je bois et passe la coupe à mon voisin.

Le repas se passe de manière très étrange, je suis incapable de dire si c'est culturel, ou propre à cette soirée. J'essaie de lancer des sujets de conversation mais seul Modeste répond et relance parfois. Sa femme est très gênée et stréssée de me recevoir. Les autres invités ne disent pas un mot de la soirée. Ils ont l'air gênés aussi. Je pense qu'on ne reçoit pas souvent chez soi au Benin. Nous finissons par regarder la tv qui diffuse un vieux James Bond. Cela évite les silences gênants. Plus tard, nous remercions nos hôtes pour l'excellent ragoût de mouton aux patates douces et prenons congés. Étrange et intéressante soirée.

Jeudi 17 Mai

Aujourd'hui nous retournons dans un endroit que nous avions fait un peu rapidement après le cambriolage du bureau ornithologie. C'est vraiment un des endroits que j'apprécie le plus avec sa grande plaine marécageuse parsemée de palmiers et de forêts de cocotiers au loin. Nous voyons notamment un couple d'Astrid du Niger qui est une espèce à surveiller autrefois endémique au Nigeria (le nom de l'oiseau vient du fleuve du même nom et non du pays) et qui tend à se déplacer au Bénin. Nous croisons au total une vingtaine d'espèces en moins d'1heure. Et puis, très vite, des nuages noirs s'amoncèlent au-dessus de notre tête, le vent se lève et annonce l'imminence de la pluie. Je range le matériel et nous voilà parti en courant. Nous sommes loin de la moto, environ 2km. Au bout d'1km, les premières goûtes épaisses s'écrasent sur le sol avec un bruit sourd. Le temps d'enfiler mon poncho et déjà la pluie devient violente. Ça ne sert plus à rien de courir... Nous arrivons à la moto détrempé mais c'était une expérience, je suis content même si c'était ce matin mon dernier transect sur le terrain. En effet, cette après-midi et demain seront consacrés à l'analyse des photos, synthèses et rapport de mission.

Après le repas, je retourne à mon logis, les enfants du village voisin jouent sur le chemin. Dès que l'un d'eux me voit, je suis trahi: "Yovo, yovo". Tous les enfants accourent vers moi. Ils veulent que je les prenne en photo. Ils font des grimaces à l'appareil et je leur montre le résultat. Ça les fait beaucoup rire.

A 15h, je retourne au refuge, il me reste 650 photos à étudier soit le résultat du travail des 3 derniers jours. J'en sélectionne une cinquantaine que je recadre et classe par espèce. Au total, j'ai pris en photo 47 espèces d'oiseaux. C'est plutôt bon car les oiseaux migrateurs ne sont pas là en ce moment.

C'est l'heure de la pétanque !! Nous parlions de sport avec Camille quelques jours auparavant et il me disait que le Bénin était un champion de pétanque de niveau international et que certains béninois y jouaient dans les villages. Nous décidions alors de faire une partie avant mon départ puisqu'il y avait des boules au refuge. Ça me fait un drôle d'effet de jouer à la pétanque à 5000km de la ville où la pétanque a été inventée et d'où je viens, La Ciotat. Les équipes sont formées, Camille et Gildas contre Dimitri et moi. Gildas et Dimitri n'ont jamais joué mais Camille n'en est pas à son coup d'essai. Nous nous prenons au jeu et rapidement nous disputons chaque point, nous nous toisons et il devient nécessaire de "mesurer" pour savoir qui a le point. C'est un vrai moment de bonheur. Je commence à me sentir chez moi ici.

Quand Damien passe me chercher, nous en sommes à 5 partout. On remet ça à demain car Damien, DéTé (Directeur Technique) comme tout le monde l'appelle ici, nous a invité à visiter sa ferme puis à manger chez lui. Nous passons un très bon moment de convivialité chez Damien dans la lignée de cette après-midi.

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Vendredi 18 Mai

Dernière journée à CREDI-ONG. Le DéTé m’a demandé hier si je pouvais voir comment optimiser les bases de données de l'équipe ornitho. Je passe un à un tous les fichiers Excel que l'équipe à l'habitude de renseigner pour différents besoins. Tous ces fichiers se ressemblent, un donne la liste des oiseaux par année, un autre par site, d'autres sont des synthèses des premiers... Camille n'a jamais eu de formation Excel alors il se débrouille comme il peut. Je me lance dans la création d'un fichier unique où l'on n'a qu'à sélectionner le nom de l'oiseau pour obtenir la classe, l'espèce et son nom scientifique automatiquement et quelques astuces du genre pour la saisie rapide et sans erreurs.

Je crée ensuite une tableau croisé dynamique qui leur permettra de faire toutes les synthèses dont ils auront besoin en quelques clics. Il ne reste plus qu'à entrer nos observations des 2 dernières semaines. Chaque oiseau observé fait l'objet d'une ligne dans le fichier mais nous entrons nos 350 lignes assez rapidement. Puis vient le moment de l'analyse, Camille réalise à quel point il va gagner du temps maintenant pour faire ses rapports, il exulte, il jubile et finit par m'accuser, avec le sourire, de magie sur ordinateur, de sorcellerie. Ce n'était pas grand-chose. L'équipe aurait sérieusement besoin de soutien en informatique bureautique. Si j'avais eu plus de temps...

Je fais vite un tour pour voir une dernière fois les animaux. Surtout le petit singe que je vais voir presque tous les soirs depuis 2 semaines. Maintenant il vient me voir quand j'arrive et me caresse le bras. Au bout d'un moment, je passe mes doigts à travers la cage et il me tend son épaule pour que je le caresse à mon tour. Je lui dis au revoir et continue mon tour avec les cobras, pythons et crocos.

Ce soir c'est mon pot de départ. Nous nous retrouvons tous dans un Maki de la ville pour faire la fête. Toute l'équipe a contribué à préparer le repas... Ananas, mangues, mouton, couscous, poulet et des spécialités béninoises dont j'ai oublié le nom. Nous sommes une vingtaine et l'ambiance est déjà exaltée. Nous commençons à danser sur de la musique africaine. Camille et Joseph ont la dance dans la peau. Ils se lancent dans des battles furieux. Je suis impressionné par leur talent. Ce soir je me couche en ayant bien ri. Je me demande si je pourrais les revoir un jour...

Samedi 19 Mai

7h00... C'est le moment du départ... Camille me dit: "tu vois en haut de l'arbre ? C'est un pigeon vert". Il me montre un oiseau que je n'avais encore jamais vu comme pour me dire qu'il reste du travail à faire. Comme une invitation à revenir... Nous partons avec le 4x4 de Damien. Direction Cotonou à l'hôtel Qualimax où j'ai rendez vous avec Anges qui sera mon chauffeur et guide jusqu'à dimanche soir. Je retrouve l'odeur de la ville que j'avais oubliée et son flux incessant de motos et voitures qui s'entremêlent en klaxonnant à tous va. La brousse me manque... nous arrivons enfin à l'hôtel, le temps de faire mes adieux à Camille, Léon, Clarice et ses 2 enfants que j'adore et je repars avec Anges et Pauline qui a souhaitée profiter de mon chauffeur pour faire la visite de Ouidha avec moi. Ouidha est la ville la plus visitée du Bénin. Tous les 10 janvier, elle rassemble les adeptes du Vaudoo du monde entier. A Ouidah, on visite la porte de non retour, l'endroit d'où partaient les esclaves de cette région d'Afrique. Les français, les portugais et d'autres y avaient établi des forts et envoyaient par bateau les esclaves vers le Brésil, Cuba et Haïti. En visitant le musée de l'esclavage, je découvre qu'on retrouve encore aujourd'hui la culture africaine dans chacun de ces endroits dont le culte du Vaudoo. En particulier, je n'aurais jamais imaginé que la capuera était née des esclaves africains qui avaient détournés à l'insu de leur geôlier les danses africaines pour en faire un moyen de défense. Je repense aux battles de Camille et Joseph hier soir. Les similitudes me semblent évidentes maintenant.

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Nous visitons également le temple du python. N'étant pas un adepte des endroits très touristiques et en particulier de ce genre où j'imagine que chacun, à son tour, à droit à sa photo avec un python autour du cou, j'essaie d'esquiver mais après tout, je ne vais quand même pas m'asseoir sur un trottoir en attendant que Pauline en ait terminé. Nous entrons... J'étais loin d'imaginer que les portes du temple restaient ouvertes en journée afin que les serpents puissent se balader à leur guise dans les maisons de la ville à la recherche de rats, souris et autres rongeurs. 90% de la population de Ouidah vénère le python. C'est un animal sacré ici. Lorsqu'un serpent est trouvé dans la rue ou dans une salle de bain, il est tout simplement rapporté au temple. Il y a 2 sortes de python en Afrique, le python de Seba et le python royal. Ce dernier est inoffensif pour l'homme heureusement. Bien sur, on me pose un python autour du cou et on me prend en photo avant de repartir mais c'est malgré tout une expérience intéressante et cette visite m'a marquée.

A Zinvié les habitants m'avaient prévenu que Ouidah était une ville touristique alors je m'étais préparé à l'agitation et à la présence de touristes blancs comme à Bankhok un samedi après midi. En fait, en sillonnant la ville aujourd'hui d'un point touristique à un autre, nous étions 3 groupes de touristes à nous croiser. Un groupe de 21 canadiennes infirmières en stage à Ganvié dans une ONG pour 1 mois et un groupe dune dizaine de personnes blanches dont on aurait pu croire qu'on les avait obligé à venir ici. Bien loin donc des villes que j'ai pu voir en Asie pour mon plus grand bonheur. 

Anges me dépose à l'hôtel et ramène Pauline chez les parents de son mari qui vivent à Cotonou. L'hôtel dispose d'un superbe toit terrasse restaurant avec vue sur toute la ville. Autre signe du retour progressif à ma vie de citadin, ce soir je mange avec une fourchette et un couteau.

Ma chambre est austère et donne sur des bureaux, la chasse d'eau ne fonctionne pas et il fait plus de 30 degrés dans la chambre. J'hésite entre ouvrir la fenêtre et laisser ainsi entrer les moustiques et les bruits des klaxons ou laisser en marche le ventilateur géant installé au plafond. Je teste le ventilateur qui n'a que 2 positions: marche et arrêt. Sur marche, les pales géantes se mettent à tourner à vitesse supersonique et je sens que le plafond se prépare au décollage. Je reste abasourdi, posé sur mon lit, n'ayant jamais essayé de dormir à 2m d'une hélice d'avion avec un vent à 30km/h dans la chambre. 

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Dimanche 20 Mai

Je pars ce matin visiter le village de Ganvié, cité lacustre sur le lac Nokoué. Nous louons une pirogue à Abomey Calavi qui nous permet de traverser le lac. Nous croisons beaucoup de pirogues chargées de nourriture, de bois, de touristes africains et même d'essence de contrebande en provenance du Nigeria.

Le guide de la pirogue me montre des martin-pêcheurs et s'attend à ce que je les prenne en photo. Ce que je ne fais pas et lui en explique la raison.

Nous empruntons la voie principale de la Venise africaine bordée de maisons en bois montées sur pilotis. Les maisons sont très rudimentaires comme toujours avec en plus, ici, l'impression que le tout tient par miracle au-dessus de l'eau et va s'effondrer au moindre coup de vent. Le rendu de l'ensemble est cependant magnifique. 35000 personnes vivent ici. On y trouve des écoles, des églises et même des parties remblayées afin que les enfants aient un endroit pour apprendre à marcher. Le marché ici est flottant et semble permanent.

A 14h nous repartons pour une visite de Cotonou, ses différents quartiers. Nous nous arrêtons au stade omnisport. La Chine a offert au Bénin, on ne sait pour qu'elle contrepartie, un complexe digne des JO avec un stade de 50000 places dans lequel la plupart des sports peuvent être pratiqués et un complexe de natation avec un bassin olympique, un bassin de 25m et un bassin de plongeons. Ici tout est ouvert donc nous entrons. La piscine de 50m semble à peu près en état mais les deux autres bassins sont compléments délabrés et ne contiennent que de la boue et de la vase. Anges m'explique: "ils ont fait ça mais nous, on en a rien à foute, on sait pas nager et on aime pas ça, alors on laisse comme ça".

Plus tard, nous passons devant une ancienne usine désaffectée qui appartenait à un cigarettier qui voyait un potentiel de développement sans limite s'il arrivait à faire fumer les béninois. Mais pour un béninois fumer est un déshonneur. Seuls les marginaux et les prostituées fument ici me raconte Anges. Nous arrivons dans le quartier des expatriés, où vivent les dirigeants des nombreuses ONG du pays. Ici, nous croisons des Range Rover, des Porshe Cayenne, des v8, des v10, bar lounge, restaurants chic, bars à vin... ce n'est pas l'idée qu'on se fait d'une ONG mais après tout ces 3 lettres peuvent cacher beaucoup de choses car n'importe qui peut se revendiquer ONG, ce sigle n'a aucune valeur officielle.

Nous faisons une halte au marché artisanal de Cotonou. Ça a l'air d'être le passage obligé pour faire le plein de souvenirs avant de prendre l'avion. Pas trop mon truc les souvenirs qui prennent la poussière dans un coin de la maison mais je suis quand même curieux et puis sait-on jamais, si j'ai le coup de foudre pour un objet... Il fait 38 degrés, au moins 85% d'humidité, le marché s'avère, sans surprise, être un attrap'touristes et le harcèlement continue des vendeurs me donnent vite envie de ne surtout rien acheter Et de quitter cet endroit au plus vite. Nous partons ... et nous nous rendons au marché aux fruits, je veux ramener des ananas, des mangues et des avocats. Pour cela j'achète un Paris-Cotonou. C'est un sac en plastique avec fermeture zip qui ne permet généralement que de faire un aller simple avant de se déchirer d'où son nom.

Je rentre à l'hôtel. Je n'ai maintenant plus qu'à attendre le départ pour l'aéroport... Je sens l'excitation du départ qui commence à monter... j'ai hâte de rentrer maintenant.

J'arrive à la fin de ma mission au Bénin. Je suis à l'aéroport de Cotonou assis au milieu des béninois en attendant le Cotonou Paris de 23h. Il me semble que c'est le bon moment pour achever l'écriture de ce journal. J'ai pris un réel plaisir à le renseigner au fil de l'eau sur mon téléphone, le plus souvent le soir mais aussi dans la journée quand j'avais un peu de temps libre. Je remercie les quelques personnes qui m'ont encouragées à le publier et à le mettre à jour régulièrement, Nathan, Jeremy, Olivier, Mam et les autres.. J'aurais été fier que mon père puisse le lire aussi. Il doit y avoir de nombreuses fautes en tous genre mais qu'importe, cela raconte une histoire presqu'en direct, il n'y avait pas de temps et les moyens ici pour la mise en forme.

Il faudra que je prenne un peu de recul sur cette mission pour en apporter une conclusion éclairée mais d'ores et déjà, je peux dire que j’ai vécu des moments extraordinaires, uniques, sans égal avec ce que j'ai pu faire auparavant. Je sais que je le dois en grande partie au fait que j'étais un bénévole ici. Je faisais partie d'une équipe qui agit pour la population locale et ça change toute la relation avec cette dernière. J'ai vu des paysages magnifiques, j'ai rencontré des gens formidables et surtout j'ai été émerveillé par la biodiversité de cette partie de l'Afrique.

Je repars changé c'est sûr, même si je ne mesure pas encore exactement à quel point. J'ai encore d'avantage pris conscience que l'on doit changer notre façon de vivre en Europe et tenter de revenir à un mode de consommation raisonné, privilégier la production locale et supprimer tous les pesticides et autres herbicides de notre environnement. Je suis persuadé que l'Afrique qui se développe en ayant conscience des problèmes environnementaux sera un modèle de réussite un jour. Mais pour cela, elle doit combattre chaque jour les grands groupes américains, chinois et européens qui tentent par tous les moyens d'instaurer une société de consommation en Afrique telle que nous la connaissons chez nous.

Enfin, je remercie toutes les personnes qui m'ont encadré pendant ces 2 semaines au CREDI-ONG.

Ce que vous faite est admirable...

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